États-Unis

Mon travail de thèse m’a conduite à m’interroger sur les spécificités de l’action publique aux États-Unis (fédéralisme, philanthropie, élections), notamment à New York, ainsi que sur leur influence dans la formation des politiques publiques en France.

Des « modèles » de politiques publiques ?

Des façons de faire les politiques publiques circulent des États-Unis vers l’Europe, notamment la Grande-Bretagne et la France. Ce qu’on appelle la « rationalisation des dépenses publiques » en est un exemple : le Planning Programming Budget System (PPBS) états-unien devient la Rationalisation des Choix Budgétaires une fois importé en France à la fin des années 1960. Ce phénomèRFSP63-5ne s’observe également dans le secteur des politiques de l’emploi avec l’« activation » ou l’« empowerment ». Dans le domaine de la lutte contre la pauvreté, nous avons assisté plus récemment à l’importation de l’« expérimentation sociale ». Dans l’article « Un laboratoire urbain. New York sur le policy market de la lutte contre la pauvreté », je mets en avant par quels acteurs et par quelles modalités ce « modèle » a transité depuis New York vers Paris. Malgré une efficacité mitigée aux États-Unis, cette formule de politique publique a malgré tout été imitée en France. J’explique dans cet article que les caractéristiques sociospatiales de New York (relais politiques, réseaux transatlantiques, ressources financières) constituent un leadership sur le marché des politiques publiques. Au final, il est démontré que la construction d’un modèle ne tient pas tant à l’excellence d’un contenu d’action publique qu’au déploiement de stratégies d’essaimage propres à un territoire.

Autres publications disponibles

« Expérimentation sociale : la tentation américaine », Informations sociales, n° 174, 2012, p. 24-31.

« New York, New York. Notables expérimentateurs contre l’indigence », Durablement(S). Revue électronique de l’UNCCAS, n° 3, 2011, p. 7-8.

Sélection de conférences sur ce sujet

Co-organisation de l’atelier « Bridging the Atlantic: The Circulation of Public Policy and Discourse between Europe and America » avec Gilles Christoph (ENS de Lyon), Congrès de l’Association française d’études américaines « Les États-Unis : modèles, contre-modèles… fin des modèles ? » , Université Paris III Sorbonne-Nouvelle,  21-24 mai 2014.

« Nudge: An Update to the American Work Ethic? », Colloque international « Normes d’emploi et situations de travail face aux régulations marchandes et politiques : la globalisation vue du Nord et vue du Sud », Université Paris Dauphine / IRISSO, Université de Paris-Est Créteil / IMAGER, CNAM / LISE, 16-18 janvier 2014.

« Convertir à l’orthodoxie expérimentale ? Conditions et limites de l’importation d’un modèle états-unien en France », communication aux Journées d’étude « Le retour de la société de l’expérimentation ? Perspectives historiques et interdisciplinaires », Sciences Po Lyon, 25-25 novembre 2011.

« L’expérimentation sociale à l’américaine. Convoitises françaises et difficultés d’importation », 4e Congrès de l’Association française de sociologie « Création et innovation », Université Pierre Mendès-France, Grenoble, 5-8 juillet 2011.

La philanthropie

Le dispositif de lutte contre la pauvreté étudié dans ma thèse pour la partie États-Unis est entièrement financé par des fondations (Rockefeller, Bloomberg…). La philanthropie contemporaine aux États-Unis m’a donc intéressée comme phénomène ayant une histoire et une importance particulières.

Dans « Un patronage philanthropique. La fondation Rockefeller et le traitement de la pauvreté à New York depuis 2007 » (2011), j’explique la prééminence des fondations philanthropiques par le fait qu’elles sont devenues les seules alternatives de financement substantiel pour les associations locales (nonprofit sector).

J’ai voulu poursuivre la réflexion sur un temps plus long avec la communication « Le développement de la philanthropie scientifique aux États-Unis, New York 1843-1939 », présentée à la journée d’études « Le travail social au prisme de la philanthropie », présentée à la Haute école de travail social et de la santé (Lausanne, 7 novembre 2014).

Depuis juin 2014, je prolonge ces recherches au sein du groupe « Philanthropie » du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP) de Sciences Po Paris. Un aperçu de cette recherche est disponible ici : Elisa Chelle : « Le primat du politique ? Genèses de la philanthropie en France et aux USA ».

Le vote électronique

L’administration électorale aux États-Unis répond à de multiples règles (variables selon les 3000 comtés du pays). Elle est fortement contrôlée par les deux principaux partis, démocrate et républicain.

En 2004, suite au « recomptage des voix » de Floride ayant conduit à l’élection de George W. Bush face au démocrate Al Gore, une vaste réforme de l’organisation des élections a été initiée (Help America Vote Act). Celle-ci a notamment impliqué le remplacement des équipements de vote par des machines électroniques.

New York, bien qu’en position de leadership dans bien des domaines, a été le dernier État à mettre en œuvre la réforme fédérale après dix ans de batailles juridiques. Dans « Instrumentations de vote et intérêts partisans. L’expérience du vote électronique à New York » (2015), j’explique comment les intérêts des deux principaux partis se matérialisent dans les modalités d’organisation des scrutins. Démocrates et Républicains ont joué la carte du statu quo pour contenir les petits partis et se maintenir aux postes de responsabilité, tandis qu’eux-mêmes faisaient face à des divisions internes.